La mort envahit nos écrans, mais lorsqu’elle surgit dans nos vies, elle nous laisse seuls.
À force de cacher la mort, nous mettons à l’écart celles et ceux qui pleurent. Après les obsèques, chacun reprend sa vie. Les proches, craignant de raviver la peine, évitent de parler du défunt. Parfois, on suggère à la personne en deuil de « tourner la page ». À la douleur de la séparation s’ajoute celle de ne plus trouver sa place parmi les vivants.
Effacer la mort de notre horizon, au risque de détourner le regard de ceux qui souffrent. Lui rendre sa place, c’est reconnaître notre vulnérabilité et devenir attentifs à celle des autres. C’est aussi apprendre à mieux vivre avec ceux qui nous entourent, à accompagner les malades, à écouter ceux qui pleurent, à ne pas oublier ceux qui nous ont précédés. Nous n’existons jamais seuls. Nous appartenons à une histoire. Nous sommes membres d’une communauté qui nous précède et dont certains d’entre nous pensent qu’elle nous attend.
Byung-Chul Han – Actes Sud – 2025.









