En octobre 2023, l’écrivaine et réalisatrice Sibilla Barbieri s’était rendue en Suisse pour pouvoir bénéficier d’un suicide assisté, qui lui avait été refusé en Italie. Trois ans plus tard, sa famille a obtenu l’ouverture d’une enquête contre dix médecins de la structure sanitaire qui n’avait pas consenti à ce que Barbieri puisse mourir. Une première en Italie.
SOURCE : Courrier international – Publié le 11 septembre 2026 à 18h47
De l’autre côté des Alpes, l’euthanasie est un sujet complexe et délicat. Et ce non seulement d’un point de vue éthique et moral, mais aussi d’un point de vue juridique. En Italie, le recours au suicide assisté est légal depuis un arrêt de la Cour constitutionnelle rendu en 2019 qui a déclaré illégale l’interdiction en vigueur jusqu’alors. Mais malgré quatre projets de loi déposés, le Parlement n’a toujours pas légiféré sur l’encadrement de la fin de vie à l’échelle nationale.
Voilà pourquoi plusieurs régions transalpines, à savoir la Toscane, l’Émilie-Romagne, la Vénétie et la Sardaigne, se sont dotées ces dernières années de lois propres sur la question. Une liste où ne figure pas le Latium, la région de Rome. Et c’est justement là que le sujet a récemment provoqué une controverse juridique.
En effet, a-t-on appris le 10 septembre, “dix médecins opérant dans la santé publique font l’objet d’une enquête pour avoir empêché l’accès au suicide assisté à une patiente en phase terminale qui en avait fait la requête”, rapporte Il Post. Une audience est prévue le 16 décembre devant la juge chargée de l’enquête préliminaire pour savoir si ces professionnels de santé doivent être poursuivis par la justice. Les chefs d’accusation pourraient être les suivants : refus d’agir, manquement à leurs devoirs, violences et torture.
La patiente en question est Sibilla Barbieri, écrivaine et réalisatrice, qui, constatant l’impossibilité de bénéficier d’un suicide assisté à Rome, s’était fait accompagner en Suisse pour mourir. Par la suite, sa famille a attaqué en justice la structure sanitaire publique romaine concernée. À noter que Sibilla Barbieri était aussi engagée au sein de l’association Luca Coscioni, qui justement défend le droit à l’euthanasie.
Si le cas de Sibilla Barbieri donne lieu à un procès lié à un refus de suicide assisté, il s’agira d’une première en Italie. Mais sur quoi s’appuie la famille de la réalisatrice dans cette procédure ?
Refus de réexaminer la situation
Pour le comprendre, il faut revenir à la sentence de la Cour constitutionnelle, qui établissait quatre conditions à respecter pour pouvoir accéder au suicide assisté. À savoir : être en mesure de prendre des décisions libres et conscientes, être affecté d’une pathologie irréversible, cette dernière provoquant des souffrances physiques ou psychologiques que la personne considère comme intolérables. Dernière condition : la personne doit recevoir des traitements de maintien en vie, comme la ventilation mécanique, mais aussi, a précisé en 2024 la Cour constitutionnelle, des traitements susceptibles de conduire à la mort s’ils sont interrompus, de nature médicamenteuse, par exemple.
Dans le cas de la réalisatrice, explique le Corriere della Sera, “la structure sanitaire avait justement exclu dans un premier temps l’existence d’un traitement de maintien en vie, refusant pour ce motif l’accès à la procédure”. Or, souligne la famille, entre-temps la situation avait empiré pour Barbieri, maintenue en vie grâce à la ventilation artificielle et à des médicaments. Pourtant, la structure sanitaire n’avait pas donné suite à la demande de réexamen de la situation, ce qui avait décidé la famille à choisir de partir en Suisse. Où Sibilla Barbieri est finalement décédée le 31 octobre 2023.
Le quotidien milanais conclut son article en citant les mots de Filomena Gallo, secrétaire de l’association Luca Coscioni et avocate de Sibilla Barbieri. Cette dernière explique son point de vue, qui sera la ligne défendue lors d’un éventuel procès. “Lorsqu’une personne malade demande à bénéficier d’un suicide médicalement assisté, le Service national de santé doit évaluer son état de manière exhaustive et rapide. Si cet état s’aggrave, comme cela a été le cas pour Sibilla, cette évaluation doit être mise à jour. Les droits reconnus par la Cour constitutionnelle ne peuvent en aucun cas être vidés de leur substance par des retards.”
Beniamino Morante







