Introduction par une personne du département de philosophie qui présente les intervenants.
Marie-Céline Chades–Esnault (MCCE), médecin généraliste, a soutenu une thèse en philosophie en 2025 (https://theses.fr/2025NANU2014), elle s’intéresse particulièrement à l’éthique. Elle interviendra sur les enjeux liés à la fin de vie.
Cyrille Michon (CM) est professeur de philosophie à l’université de Nantes, il est spécialiste de métaphysique et s’intéresse aussi à la morale. Il a codirigé la thèse de philosophie de MCCE.
Compte-rendu par Jacqueline LAURENT
Introduction par une personne du département de philosophie qui présente les intervenants.
Marie-Céline Chades–Esnault (MCCE), médecin généraliste, a soutenu une thèse en philosophie en 2025 (https://theses.fr/2025NANU2014), elle s’intéresse particulièrement à l’éthique. Elle interviendra sur les enjeux liés à la fin de vie.
Cyrille Michon (CM) est professeur de philosophie à l’université de Nantes, il est spécialiste de métaphysique et s’intéresse aussi à la morale. Il a codirigé la thèse de philosophie de MCCE.
- La présidente de séance donne la parole à C. Michon, qui annonce qu’il donnera son point de vue après une présentation générale, il précise d’entrée que la ‘dispute’ est un jeu d’échanges.
Pour lui, le sujet, qui a été choisi du fait de l’actualité, est délicat et il ne se sent pas qualifié d’en traiter, ce pourquoi il se réfère au livre de Jacques Ricot « Penser la fin de vie » qu’il a lu récemment en vue de cette séance. Il souligne qu’il est important que le débat soit détaché des options personnelles, notamment religieuses.
Il fait remarquer la dissymétrie, plutôt l’asymétrie dans le débat : lui est un homme, plutôt âgé, face à une femme jeune dont il a été le patron de thèse ; elle est médecin alors que lui est un citoyen lambda.
Le point de départ étant le projet de loi sur la fin de vie, il souligne que, au bout du compte, c’est au citoyen de se faire son propre jugement. Il fait remarquer que, si on n’a pas le droit d’enfreindre la loi, on peut néanmoins la discuter et qu’une loi peut être modifiée. Il observe que la légalisation de l’aide à mourir progresse en occident en suivant une vague montante.
Cependant le vocabulaire utilisé varie selon les pays (aide à mourir, aide médicale à mourir, suicide assisté, euthanasie) et peut correspondre à des actes différents selon que c’est le patient ou le médecin qui pratique l’acte létal.
Il veut marquer la différence entre euthanasie volontaire et euthanasie involontaire mais trop rapidement pour que je sois certaine de ce qu’il met dans la seconde formulation (patient capable de formuler un consentement mais qui ne l’a pas donné explicitement vs patient dans l’incapacité de faire une demande explicite) et ajoute qu’il n’est désormais plus question de parler d’euthanasie passive.
Il considère que la loi en vigueur actuellement est satisfaisante et répond à l’exigence de refuser l’acharnement thérapeutique et l’obstination déraisonnable en soulageant les douleurs par les soins palliatifs et même en les abrégeant par la sédation profonde et continue jusqu’au décès (SPCJD).
La loi en discussion va autoriser un acte qui est un homicide, ce qui va nécessiter de modifier le code pénal pour tenir compte de cette exception à l’interdit de tuer., pour que l’assistance au suicide ne soit pas pénalisée.
Il expose ce que sont, de son point de vue les différences entre lui et MCCE : lui-même est opposé à l’acharnement thérapeutique et très favorable aux soins palliatifs (SP), mais voit une rupture entre les SP et l’acte létal, même s’il pourrait admettre une aide à mourir si la vie est déjà très menacée mais préconise plutôt la SPCJD.
De ce qu’il en sait, MCCE est très favorable au développement des SP et également favorable au suicide assisté ou à l’euthanasie, avec des limites qu’elle préciser, en voyant une continuité entre SP et l’acte létal.
Il cite A. Schopenhauer : « prêcher la morale est facile, fonder la morale est difficile », ce qui a été repris par Wittgenstein sous la formule « prêcher la morale est difficile, fonder la morale est impossible ». Ce qui a son importance dans le passage de l’énoncé de la loi à son application. La loi ne permet pas l’équité car elle ne peut pas traiter de tous les cas particuliers puisque la loi est universelle. Les cas particuliers sont traités par décret et, en termes d’application, le juge prévaut sur le législateur.
Il souligne que la SPCJD, qu’il assimile à un arrêt des soins de maintien en vie, n’est pas intentionnellement létale, même si elle aboutit à la mort. Selon lui c’est différent même si c’est peut-être symbolique.
Il craint que l’autorisation de l’aide à mourir qui, elle, implique l’intention de donner la mort, permette ensuite une évolution plus facile puisqu’elle nécessite une réforme du code pénal pour lever l’interdit de l’homicide.
Il considère que cela entrainerait des risques à court, moyen et long terme pour les handicapés, ou dans des cas de dissensions familiales, d’apparition de pressions (économiques, sociales, familiales) sur les patients, concernant tant les retraites, les héritages ou le coût de la survie… mais aussi des risques pour : les professions médicales (allant jusqu’à penser que les soignants pourraient alors être assimilés à des bourreaux) ou pour la vision de l’hôpital et du soin.
Après avoir énuméré un certain nombre de points qui constituent le dispositif de la loi actuelle, il conclut que, si l’objectif est de soulager la douleur, la loi en vigueur est satisfaisante et suffisante.
- C’est ensuite à Marie-Céline Chades-Esnault d’argumenter, elle va faire une petite introduction avant d’apporter quelques réponses à certains des points soulevas par CM (‘mise à mort’, risque d’eugénisme, concept du double effet, l’interdit du meurtre.
Deux questions se posent : est-il légitime de mettre volontairement fin à une vie humaine ?
cela relève-t’il de la médecine ?
Avant tout : quelle est la valeur de la vie humaine ? Elle est soit intrinsèque, soit liée au ressenti de la personne, à l’évaluation qu’elle en fait. L’autonomie peut y être associée. En prenant l’exemple d’évaluation du désir de vie chez des personnes qui ont fait des tentatives ratées de suicide, on doit admettre que la volonté d’en finir peut être réversible.
Elle se donne pour principe de ne pas renoncer à l’idée que c’est la personne elle-même qui doit décider si elle souhaite continuer à vivre ou demander une aide à mourir. Admettre que la vie éternelle n’est pas souhaitable. Un désir catégorique doit subsister pour que le désir de vivre soit tel que la mort n’est pas souhaitable. Par contre une personne qui subit des souffrances insupportables (physiques ou psychologiques) devient hermétique à l’entourage et sa seule aspiration est de ne plus souffrir, sa volonté de vivre s’éteint. Contrairement à ce que pense CM, elle soutient qu’il existe des souffrances qu’on ne sait pas soulager.
Quant à la question « l’euthanasie peut-elle être considérée comme un acte médical, elle y répond positivement, soulignant que la différence entre euthanasie pratiqué par un médecine et suicide assisté n’est pas fondamentale car l’intention doit être celle du patient ; elle souligne que l’objet du suivi médical est la prise en charge du patient., que le geste létal n’est pas un mise à mort, que la loi en gestation prévoit une aide médicale à mourir sous forme de suicide assisté avec exception d’euthanasie. L’interdit du meurtre ne remet pas en cause sa position sur l’Aide médicale à mourir à condition que ce soit la volonté du patient, il y ait proportionnalité avec l’état de santé du patient et que la mort ne soit pas violente.
Concernant le double effet, elle rappelle qu’il s’agit d’une mort provoquée sans intention de la donner et que c’est légal actuellement. Elle dénonce l’hypocrisie dont cela relève puisqu’il est difficile de juger de l’intention qui repose uniquement sur la déclaration du soignant. De plus, en pratique, cela peut être en réponse à une demande exprimée par le patient mais avec l’impossibilité de dire que c’est le cas. C’est l’hypocrisie générale. Elle considère le double effet comme valable en morale personnelle mais pas en justification.
MCCE considère que suicide assisté (ou euthanasie) doit être réalisé dans des condition explicites et consenties, reposant sur l’autonomie du patient s’il n’y a pas d’alternative ; Pour elle il n’y a pas d’opposition entre aide à mourir et soins palliatifs, mais une continuité.
- Réponse de Cyrille Michon
CM rappelle que le suicide est dépénalisé mais que l’incitation au suicide est réprouvée. Quid de l’assistance au suicide ? Attention aux pressions. Faudrait-il admettre le ‘suicide compassionnel’ ?
Quant au double effet il indique qu’il a fait un exposé sur le sujet, qui a été publié dans un ouvrage collectif.
Il apprécie que les associations qui sont favorables à une aide à mourir parlant désormais de liberté plutôt que de dignité.
Une dernière intervention de MCCE dans laquelle, elle insiste sur le fait que la vocation des soignants est d’accompagner un patient le plus loin possible, y compris jusqu’à l’aider à mourir, ce à quoi CM admet être assez sensible. Il a même été évoqué l’hypothèse qu’un robot pourrait injecter le produit létal !
- Question de la présidente de séance : est-ce qu’on peut disputer du sujet indépendamment d’une autorité normative ?
Elle dit avoir perçu que MCCE considérait que c’est la volonté de la personne qui prime mais que CM considère que, dès lors qu’un tiers intervient, cela devient une question de société. En réaction à l’idée d’un risque de sentiment d’inutilité qui pourrait être induit chez des patients MCCE précise qu’elle est autonomiste sans être entièrement libérale et qu’il faut avoir tout essayé pour soulager les souffrances physiques et/ou psychologiques.
La séance se termine par des échanges avec la salle : difficile de prendre des notes. Après coup, j’ai regretté que la question des directives anticipées n’ait pas été abordée, mais je ne l’ai pas posée moi-même…
Jacqueline Laurent








