Ci-dessous un échange entre une adhérente et sa députée
Le 7 avril 2021
Bonjour Madame la Députée,
Je vous remercie d’avoir pris le temps de cette réponse. Le sujet est suffisamment grave à mon sens pour que je me permette un retour.
Vos arguments sont nombreux et je profite de ce que l’usage du courriel me donne la possibilité technique d’inclure ci-dessous mon avis au plus près du vôtre, surligné pour plus de clarté.
Je m’autorise également l’élargissement de la liste des destinataires de ce message, puisque Covid, crise et confinement ne permettent pas les réunions ni autres échanges de point de vue.
Je vous remercie de l’attention que vous porterez à ma réponse (mes réponses en fait).
Avec mes salutations
C.R.
—– Message transmis —–
De : Emmanuelle Ménard
À : C.R.
Envoyé : mercredi 7 avril 2021 à 13:37:41 UTC+2
Objet : RE:
Madame, Monsieur,
Vous m’avez interpellée au sujet de la proposition de loi du député Olivier Falorni, « Droit à une fin de vie libre et choisie », qui entend légaliser l’euthanasie et le recours au suicide assisté.
Ce texte doit être examiné en séance publique ce jeudi 8 avril à l’Assemblée nationale dans le cadre de ce qui est communément appelé une « niche parlementaire ».
Ce dispositif permet aux groupes minoritaires de proposer des textes. En tant que député n’appartenant à aucun groupe politique, je n’ai pas la possibilité d’en faire de même. Ainsi, aucune des 21 propositions de lois que j’ai déposées n’a été examinée dans l’hémicycle. Pour faire entendre la voix de tous ceux qui m’ont élue, je dépose donc très régulièrement des amendements sur la plupart des textes en examen.
Donc si j’ai bien compris ce que je viens de lire, vous avez déposé des amendements dans le seul but de vous faire entendre, et non pas parce que le contenu de la loi vous l’inspirait… Je vais vous laisser le bénéfice du doute et croire que j’ai mal compris vos arguments.
Déposer des amendements, c’est l’assurance de pouvoir débattre. Et le débat, c’est la démocratie.
Le débat c’est la démocratie. La démocratie devrait être le pouvoir souverain du peuple, or dans le cas présent ce pouvoir est spolié. Une très grande majorité de Françaises et de Français attendent que soit votée la loi autorisant une euthanasie officielle. Une majorité de députés est prête à voter cette loi (cf le JDD du 4 avril 2021) et pourtant un artifice de niveau cour d’école maternelle va permettre à 10 députés, dont vous, de bloquer le système parlementaire. et ai-je bien lu, vous avez écrit « démocratie » ?
Pour ma part, je crois à la grandeur d’une société qui donne de l’importance à la vie humaine. A l’heure où notre pays procède à d’immenses sacrifices pour « sauver des vies » en pleine épidémie de coronavirus, les soins palliatifs offrent une réponse pleine d’humanité pour accompagner les personnes en fin de vie. Ces soins palliatifs ne sont malheureusement pas assez développés et accessibles, et c’est sur ce point qu’il nous faut, me semble-t-il, travailler davantage.
Oui, la vie humaine est sacrée. Et nos médecins, nos infirmières et nos infirmiers répondent toujours présents avec courage et professionnalisme. Malheureusement pour eux, ceux qui ont le pouvoir de voter le budget nécessaire au fonctionnement des soins palliatifs ne les accompagnent pas jusqu’au bout des paroles. Et ce sont les mourants qui meurent mal en France.
Car oui la vie est sacrée. Mais vous semblez oublier un aspect de la vie : c’est la mort i-né-luc-ta-ble. Il arrive un moment où quand c’est fini c’est fini. Savez-vous que la loi Claeys-Léonetti laisse mourir les Françaises et les Français d’insuffisance rénale ? En 2021, vous êtes sérieuse ?
La France a depuis longtemps fait le choix de l’accompagnement dans la dignité des patients en fin de vie. C’est le fragile équilibre obtenu en 2005, puis en 2016, avec les deux lois Léonetti et Claeys-Léonetti qui avaient fait, elles, l’objet de longs débats à l’Assemblée nationale.
Si cette proposition de loi du député Falorni visant à légaliser l’euthanasie et le recours au suicide assisté était votée, ce serait, pour notre système de soins et de santé, un changement radical de philosophie.
Ah oui, ça c’est sûr : au lieu d’euthanasier les mourants en catimini, ils pourraient le faire au grand jour, avec l’accompagnement des familles. Ce serait tellement plus humain et tellement moins hypocrite.
Je ne prétends pas qu’il ne faut pas l’étudier, j’estime que ce débat ne doit pas avoir lieu en quelques heures, « à la sauvette », dans l’hémicycle.
A la sauvette dites-vous ? Quand le débat est ouvert depuis plus de 40 ans ? Après les tragédies vécues par Vincent LAMBERT, après le témoignage et la mort d’Anne BERT ? Après le suicide assisté très récent de l’ancienne ministre Paulette GUINCHARD vous voulez donner de la crédibilité à vos mots ? Je vous laisse seule juge…
Car je crois sincèrement qu’au lieu de promouvoir un modèle de société qui répond à la souffrance par la mort, il nous faut choisir un modèle de société qui répond à la souffrance par la vie et par tout ce qu’elle a de meilleur en accompagnant, en soulageant les souffrances, en apportant du réconfort et de l’espérance. C’est le sens des amendements que j’ai déposés pour cette proposition de loi.
Je n’ai aucun doute sur votre volonté de soulager les souffrances et d’apporter du réconfort à ceux qui vous le demandent. Et ceci vous honore . Ce que nous attendons de vous, c’est de répondre favorablement aux autres, à ceux qui veulent choisir la qualité de leur mort, à ceux qui refusent que leur soit imposé de vivre une agonie évitable. Quand la fin de vie est là, à n’importe quel âge, vous avez à portée de vote la possibilité de donner le choix au mourant.
Je vais recopier ici ce que j’ai répondu au député LEFUR :
Si je puis me permettre, je vous invite à rencontrer le Docteur LOSSIGNOL, à Bruxelles, Chef d’établissement et chef de service de soins palliatifs (du moins quand j’ai assisté à sa conférence à Nantes) qui a participé à l’élaboration de la loi belge sur l’euthanasie sur demande. Sachez qu’après l’entrée en vigueur de cette loi, la Belgique a vu augmenté les demandes d’euthanasie, pour plafonner à 2 % environ du nombre de morts annuelles. En Belgique la mort est comme partout, au volant, d’avc, de cancer, et de tout le reste, et même ceux qui ont prévu leur dossier de demande d’euthanasie meurent simplement dans leur lit. Vous ne serez plus choqué et vous pourriez certainement accepter cette solution ultime.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes sincères salutations
Emmanuelle Ménard
Député de la 6e circonscription de l’Hérault






