En 2025, un peu plus de 1100 médecins ont pratiqué l’aide médicale à mourir (AMM) au Québec. Ils se sont occupés chacun de cinq cas en moyenne durant l’année. Mais une poignée de médecins, dont plusieurs sont en fin de pratique, ont fait de ce soin leur spécialité.
05 avril 2026 – La Presse – Par Ariane Lacoursière et Marie-Eve Cousineau
Selon des données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), 20 médecins ont pratiqué 21 % des AMM en 2025. Les plus grands prestataires de ce soin sont un médecin spécialiste et un médecin de famille qui se sont occupés chacun de 117 cas durant l’année.
1114 : Nombre de médecins ayant pratiqué l’AMM en 2025 au Québec5,3 : Nombre moyen de cas par médecinSource : Régie de l’assurance maladie du Québec
Le Dr Claude Rivard, qui exerce en Montérégie, se qualifie lui-même de « super prestataire d’AMM ». Le médecin semi-retraité de 66 ans, qui ne fait plus de cabinet depuis janvier, procède à trois ou quatre évaluations d’aide médicale à mourir par semaine.
Pour lui, le fait que le Québec soit champion du monde de ce soin n’est pas un problème. « Pantoute ! Ce n’est pas surprenant du tout ! », dit le Dr Rivard, qui offre aussi des soins palliatifs à domicile.
Selon lui, il y a une « grosse différence culturelle » entre le Québec et le Canada, ce qui expliquerait pourquoi l’AMM est plus populaire ici. Et comme les mentalités changent et que la population vieillit, ce soin sera encore plus demandé dans l’avenir, croit-il.
On n’arrive pas à satisfaire à la demande. En trois mois [cette année], j’ai fait ce que j’avais fait en six mois l’année passée.Le Dr Claude Rivard
Relation avec la mort
Au Collège des médecins du Québec, on estime que les médecins qui pratiquent plusieurs AMM dans une année « ont développé une expertise qui n’est pas négligeable ». Selon la chercheuse Marie-Ève Bouthillier, ces « prestataires à haut volume amènent une certaine fluidité dans l’accessibilité » de l’AMM. « Ce n’est pas eux qui causent la demande », dit-elle.
Le Dr Laurent Boisvert, qui a passé sa carrière de médecin de famille dans des salles d’urgence, est aussi un grand prestataire d’AMM au Québec. Il parle d’une pratique « exigeante sur le plan des émotions et du temps ». L’AMM est souvent administrée le soir et la fin de semaine. Il est donc plus facile pour un médecin en fin de carrière d’avoir du temps à consacrer à cette pratique.
Même son de cloche du côté du Dr Georges L’Espérance, président sortant de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité : « La vaste majorité des médecins ne sont pas à l’aise avec la mort. Nous, on la côtoie. On est plus à l’aise. »
Les cas problèmes
Chaque cas d’AMM est révisé par la Commission sur les soins de fin de vie (CSFV) au Québec. L’an dernier, 20 cas ont été jugés « problématiques ». Ce nombre est « très marginal », précise la CSFV.
Pour dix de ces cas « problématiques », « la personne n’était pas atteinte d’une maladie grave et incurable ». Dans trois cas, l’avis d’un deuxième professionnel de la santé n’a pas été obtenu avant d’administrer l’AMM. Dans deux cas, la demande d’AMM a été contresignée par « une personne qui n’était pas un professionnel de la santé », peut-on lire dans le rapport annuel de la CSFV.
La Presse a tenté d’obtenir de la CSFV, par une demande d’accès à l’information, les rapports anonymisés sur ces décès. La CSFV a refusé notre demande, disant que ces rapports « sont formés en substance de renseignements confidentiels ».
Chaque cas problématique doit être adressé aux ordres professionnels des praticiens impliqués dans l’AMM. Depuis 10 ans, aucun médecin ou infirmière n’a été blâmé pour sa pratique relativement à ce soin. Deux médecins se sont toutefois « engagés de façon volontaire à cesser l’exercice des soins de fin de vie, notamment l’AMM », indique la porte-parole du Collège des médecins du Québec, Leslie Labranche.
Certains rappels ont aussi été faits auprès de médecins, entre autres concernant « l’évaluation de l’aptitude à consentir et la tenue de dossier en lien avec l’élaboration avec attention de maladie grave et incurable ». « Mais non, ça n’existe pas, des dérives. Pour dire ça, qu’on m’arrive avec des données, et alors on en discutera », martèle le Dr Boisvert.








