La consolation
Celle que l’on donne, celle que l’on reçoit
Compte-rendu de participation par Jacqueline Laurent
« La consolation » est le thème de réflexion qu’avait choisi l’Association Paroles Croisées autour de la Mort (APCM : https://parolescroisees-asso.fr) lors de son assemblée générale en mars 2025. L’aboutissement de cette réflexion était une conférence organisée à Angers le 10 février 2026. J’avais été invitée suite ma participation à l’AG 2025 (https://choisirmafindevie.org/2025/04/07/association-paroles-croisees-autour-de-la-mort-apcm/) et avait envoyé un message d’information aux adhérents et sympathisant du Choix dans le Maine-et-Loire.
« Dans le moment de nos vies où des épreuves, des chagrins nous rendent vulnérables, nous anéantissent parfois, est-il possible d’entrevoir l’espoir de vivre mieux grâce aux gestes, aux paroles consolantes que d’autres cherchent à nous adresser ? Lorsque nous rencontrons des personnes en souffrance, pourquoi et comment tentons-nous de les consoler ? »
L’association Paroles Croisées autour de la Mort (APCM) a demandé à trois intervenants de nous livrer leur éclairage sur ces questions :
- François Moriceau, philosophe
- Sylvie Poulain, accompagnante de fin de vie
- et Fabio Longoni, artiste.
La liste d’une sélection de documents (livres ou œuvres artistiques) a été adressée aux participants qui souhaitaient la recevoir (voir la sélection des documents)
La réunion est animée par Emmanuel Gratton, maître de conférences en sociologie clinique à l’Université d’Angers, introduit et anime la réunion. Que se passe-t ‘il pour ceux qui restent après la perte d’un proche ? S’agit-il de survivre ou de ‘sur vivre’ ? Il évoque le mythe de Sisyphe qui amène à s’interroger sur le sens de la vie. A ce propos il cite Albert Camus : « et si Sisyphe était heureux… », le sens de la vie serait-il dans le chemin (parcouru et/ou à parcourir) et Christophe André : »se consoler c’est se remettre en chemin ».
Dans un premier temps, François Moriceau, philosophe, présente le message du philosophe contemporain Mickaël Foessel pour qui « Consoler, c’est œuvrer pour que l’autre reprenne le pouvoir sur le pouvoir de sa souffrance ». Il souligne que la consolation est une étape à la suite d’une expérience vécue à la suite d’une épreuve à surmonter : au début, c’est la stupéfaction, la désolation, on se trouve renvoyé à des événements précédents du même type, puis vient le temps de la consolation, qui se base sur divers éléments disponibles qui peuvent varier selon la culture, un discours qui peut aider à surmonter la désolation (poésie, religion…). Il se réfère à la Pieta de Michel-Ange – elle ne pleure pas, elle est calme, elle est dans l’intériorité, son attitude suggère que la souffrance peut être surmontée, qu’on peut accepter la mort. A cette époque, l’empreinte de la religion, du divin pouvait jouer un rôle dans la consolation et aider à surmonter le pire.
Qu’en est-il à présent que la ‘Vérité garantie’ n’est plus disponible ? L’être humain a besoin de l’autre pour surmonter sa vulnérabilité, pour évacuer, grâce à la consolation, le sentiment de ne pas être nécessaire – pour se maintenir dans la vie.
Ensuite, Sylvie Poulain, accompagnante de personnes en fin de vie – et de leurs proches – se réfère à son vécu, tant dans sa vie privée que dans la pratique de l’accompagnement, d’autres personnes pour témoigner de sa conviction que l’élan de consoler est spontané, même s’il est parfois maladroit.
Elle se rappelle que, ayant perdu brutalement sa mère quand elle avait 15 ans, elle ne s’était pas sentie consolée, et que la tentative de la mère d’une de ses amies avait plutôt renforcé son sentiment de colère et d’injustice. Elle ajoute que, lorsqu’elle a d’abord travaillé, comme infirmière, dans un service de réanimation chirurgicale, ces sentiments étaient ravivés quand survenait la mort d’une personne jeune et que c’est en pleurant elle-même dans le bras de son compagnon, qu’elle parvenait plus facilement à surmonter sa tristesse. Elle s’était aperçue qu’on pouvait se trouvait incapable de faire un pas vers une autre personne pour la consoler et que surmonter cette impuissance demandait parfois un gros effort. Ensuite, comme infirmière libérale, puis comme dame de compagnie (présence sur la durée, y compris la nuit), elle a répondu à des demandes de personnes âgées à domicile et a observé que, dans ce cadre, la consolation devenait spontanée, avec empathie et délicatesse, malgré des vécus différents selon les familles.
Son constat est qu’il faut écouter l’élan du cœur, que l’authenticité est contagieuse et, surtout, que la consolation ne s’impose pas : elle se propose !
Elle regrette aussi que, trop souvent on oppose une attitude qui serait professionnelle, reposant sur la seule technicité, à une présence empathique qui serait seulement humaniste, alors que la meilleure attitude est la conciliation des deux.
Le troisième intervenant, Fabio Longoni – metteur en scène, comédien, narrateur – commente quelques sculptures et tableaux qui sont projetés puis termine en citant Daniel Mermet à propos de son Pierrot : « Il n’y a d’être que d’être en chemin »
Ensuite, pendant une vingtaine de minutes, les participants (près de 150, pas tous adhérents à l’APCM), regroupés en une douzaine de groupes, identifient des questions à soumettre pour un débat général.
En voici un échantillon :
- Comment aborder avec un proche, la perspective de la séparation, de la perte ?
Pour S. Poulain (SP) les personnes concernées tendent des perches à leur famille, aux soignants, à eux de les saisir, de ne pas rejeter cette perche, de montrer de la disponibilité.
Une personne précise que le fait que le sujet ait été abordé c’est que quelqu’un a besoin d’en parler et qu’il faut le faire.
- Comment consoler ceux qui restent ?
F. Longoni (FL) suggère de créer des rituels, des moments en commun qui permettent de se confronter à la douleur sans s’effondrer : lecture, théâtre.
- Comment réagir devant une personne qui n’accepte pas d’être consolée ?
Respecter son choix et annoncer qu’on est là, disponible pour le moment venu ;
FL cite Christophe André : laisser le temps au temps ;
SP suggère qu’il faut accepter peut ne pas être la bonne personne ;
F. Moriceau (FM) ajoute qu’il faut une certaine proximité, accepter d’attendre le bon moment pour la personne qui souffre. - Comment se comporter, notamment après les obsèques, pour pallier au vide qui dure après ? Venir voir la personne endeuillée, pour rompre sa solitude, même si on ne sait pas a priori ce qu’on pourrait dire ; faire une invitation à une promenade.
Moriceau (FM) ajoute qu’il faut une certaine proximité, accepter d’attendre le bon moment pour la personne qui souffre.
Ceci tout en respectant la phase réparatrice de la solitude - Plusieurs témoignages amènent une Invitation à participer aux cafés mortels organisés par l’APCM.
- En réaction à plusieurs questionnements concernant la manière d’aborder l’organisation des obsèques, SP indique que ceux qui restent ont le droit d’exprimer qu’ils veulent connaître les volontés de celui ou celle qui va partir, tout en soulignant que cela ne concerne pas seulement l’aspect matériel des obsèques mais qu’il est important de demander à la personne de dire et écrire ce qu’elle souhaite pour sa fin de vie, sans toutefois utiliser l’expression « directives anticipées ».









