Quand, après une ultime chute et une fracture qui ne lui permettrait plus de marcher, ma mère (âgée de 91 ans) m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : « maintenant, il faut que ça s’arrête », j’ai immédiatement compris.
Cela faisait plusieurs mois qu’elle nous faisait part de ses difficultés grandissantes, de ses forces qui la quittaient progressivement, de ses chutes de plus en plus fréquentes. Tout cela, nous le constations également.
En toute possession de ses capacités intellectuelles et cognitives, ma mère était lucide et parfaitement à même d’évaluer son état et la « vie » qui l’attendait.
Ayant toujours vécu de façon autonome, elle refusait de devenir dépendante pour tous les gestes élémentaires de la vie quotidienne. C’était pour elle une perte de dignité et d’humanité insupportables, une torture morale quotidienne intolérable. Elle nous disait « j’aime la vie et je vous aime tous tellement que je n’ai pas envie de vous quitter, mais ce qui m’attend n’est plus la vie ».
Toujours combative jusque-là, elle ne voulait plus assister à la dégradation progressive de son état général et subir toutes les dégénérescences liées à son âge. A ce moment-là, c’est sa fin de vie qu’elle regardait en face. Je lui avais toujours dit que je l’accompagnerai jusqu’au bout et c’est ce que j’ai fait.
Nous avons parcouru ce chemin ensemble, elle et moi, accompagnées et soutenues par notre famille et nos amis.
Mais comment faire ? Qui pouvait nous aider, nous orienter, nous conseiller ? Qui pour répondre à toutes nos questions ?
Après quelques recherches, j’ai pris contact avec Le Choix. Dès le premier appel téléphonique, j’ai été écouté ; j’ai pu exprimer le souhait de ma mère, ses difficultés de vie, son état de santé dégradé même si elle ne souffrait d’aucune maladie. Comment dire à quel point nous avons été rassurées d’entendre que les multi-pathologies du grand âge constituaient un motif recevable pour envisager une mort médicalement assistée.
Bien sûr, il a été nécessaire d’étayer et d’avérer ces pathologies en élaborant un dossier médical solide et incontestable. Toute la procédure est extrêmement objective, fondée, contrôlable et incontestable. Elle peut sembler lourde mais l’enjeu le justifie.
Nous avons avancé, étape par étape, et tout au long du processus quand nous en avions besoin, nous avons été accompagnées avec une profonde humanité, une compréhension et un respect remarquables.
Il nous a fallu environ trois mois entre le premier contact et l’accompagnement final en Suisse. Si ce délai est nécessaire à toute la procédure administrative, il est également extrêmement important pour la personne qui demande l’aide à mourir et pour ses proches qui ont ainsi le temps de comprendre et d’accepter cette décision. C’est aussi un temps inestimable pour se dire tout ce qui est important.
Ma mère était une femme extrêmement volontaire et courageuse, nous le savions. Il est important que je dise aussi que quand elle a connu la date à laquelle elle allait mourir, nous avons vu une femme déterminée mais surtout libérée et tranquillisée. Ses derniers jours ont été pleins de sérénité. C’était comme si toutes ses souffrances s’estompaient.
Jusqu’au bout, nous avons profité du temps que nous avions ; nous avons passé d’excellents moments en famille dans la joie et les rires, même lors du petit déjeuner du dernier jour.
Ma mère est partie de façon digne, humaine et sans souffrance, conformément à sa volonté, entourée des siens, avec tout l’amour, l’accompagnement et la compréhension de sa famille.
Dans un dernier geste d’amour partagé, nous nous sommes donné la main jusqu’à la fin.
C’est bien cette image d’un visage paisible et ce sentiment d’amour et de sérénité que nous gardons presqu’un an après.








