Voici un article de Keith Lund, membre du Choix, tiré de son blog https://findeviereflechie.fr/
Il est effrayant de voir à quel point les opposants à l’aide à mourir se refusent à prendre en compte les souffrances insupportables que doivent endurer les malades atteints d’affections incurables et qui demandent avec persévérance cette aide à mourir.
De tels cas existent indéniablement et ce ne sont pas des cas isolés, ils sont nombreux. Commençons avec Alain Cocq, Chantal Sébire, Rémy Salvat et Vincent Humbert qui ont, chacun en leur temps, écrit au Président de la république pour demander une aide à mourir. Il suffit de se renseigner sur leurs souffrances, atroces et incessantes, pour qu’une question nous vienne : comment est-il possible de ne pas avoir d’empathie pour eux ?
Les opposants disent qu’il ne devrait pas y avoir de loi pour de tels cas exceptionnels. Mais le critère pertinent devrait être l’intensité des souffrances pas le nombre de cas ; l’empathie est l’élan qui poussera à légiférer. Alain Cocq comparait le refus de l’aider à mourir à une forme de torture.
Les opposants détournent le regard de ces cas de plusieurs façons :
En affirmant des choses comme « 9 personnes sur 10 qui accèdent à des soins palliatifs adaptés ne demandent plus à mourir ». Est-ce une raison pour ne pas prendre en considérations les 10% restants ?
En imaginant des conséquences « terribles » si l’aide à mourir était autorisée, ils cherchent à effrayer au lieu de se mettre dans la peau de ceux qui sont dans des détresses bien trop réelles.
En évoquant le risque de dérives, leur intention est de protéger, mais finalement la conséquence en est cruelle. De nombreux malades se voient enfermés, contre leur volonté et pour une longue durée, dans des vies qu’ils ressentent comme un enfer.
Les anti-validistes et anti-capitalistes ont d’autres affirmations qui empêchent de voir l’essentiel :
Un collectif antivalidiste affirme « La souffrance n’est pas une propriété du corps malade — elle est le produit de la façon dont la société répond, ou ne répond pas, à ce corps. Un même état de santé peut être vécu comme tolérable avec des soins adaptés, […] ou comme insupportable sans rien de tout ça. » Leur comparaison avec une absence de soins est facile. Ils refusent de prendre en compte les malades pris en charge dans des établissements de soins qui font face à des impasses thérapeutiques provoquant des souffrances inapaisables. Qu’ils osent dire à une telle personne que sa souffrance n’est pas la propriété de son corps !!!
Ils décrient une logique capitaliste, dans laquelle des diktats économiques amènent à la dégradation du système de santé, dans lequel nombre de patients n’ont pas accès aux soins qui leur seraient indispensables.
Ils affirment que le système financier pousse à l’aide à mourir afin de faire disparaître les malades plutôt que les prendre en charge. Il s’agit ici d’un procès d’intention sans fondement.
Que des malades demandent l’aide à mourir faute de soins relève d’une hypothèse, alors que des demandes avérées existent face à des maladies réelles pour lesquelles la médecine est impuissante, ainsi que tout l’argent du monde. Les progrès de la médecine permettent de nos jours de maintenir des patients en vie jusqu’à des stades où certains d’entre eux mettent en question le sens de leur propre existence.
Tout l’écosystème autour des soins palliatifs participe à une logique capitaliste. Leur développement contribue à la profitabilité des établissement privés, de l’industrie médicale et pharmaceutique, et crée des emplois. On pourrait argumenter que la raison derrière l’opposition à l’aide à mourir est la rentabilité créée par le fait de garder des patients en vie aussi longtemps que possible, même contre leur volonté. Cette approche est aussi cynique que l’affirmation que le système capitaliste essaie de faire disparaître les malades.
Personne ne souhaite qu’il y ait des demandes d’aide à mourir faute d’accès aux soins, mais ce n’est pas une raison valable pour interdire les demandes de malades face à des impasses thérapeutiques. Obliger de telles personnes à vivre contre leur volonté relève de la cruauté. La Belgique a développé les soins palliatifs tout en permettant l’aide à mourir. Il n’y a pas eu d’hécatombe de soi-disant indésirables. D’ailleurs, une proportion importante des demandes d’euthanasie s’y font après un séjour en soins palliatifs.
Des antivalidistes prétendent que les handicapés vont se demander, dans cette société qui leur attribue une valeur moindre que les autres, si leurs vies valent la peine d’être vécues. Ils devraient plutôt penser aux patients souffrant de maladies incurables qui sont convaincus que leurs vies sont pires que la mort ! De toute façon, être handicapé est loin d’être suffisant pour remplir les conditions du projet de loi. Il faut être atteint d’une affection grave et incurable engageant son pronostic vital, en phase avancée ou terminale, caractérisée par l’entrée dans un processus irréversible marqué par l’aggravation de l’état de santé. Il faut de plus présenter une souffrance physique ou psychologique constante liée à cette affection, souffrance soit réfractaire aux traitements, soit insupportable selon la personne.
La leçon belge est qu’il faut séparer les combats. D’une part, militer pour plus de moyens pour les soins palliatifs et les handicapés, et d’autre part militer pour l’aide à mourir. Il ne faut surtout pas conditionner l’un à l’autre.
Certains critiquent le manque de données fiables qui permettraient de quantifier combien de patients ont atteint une impasse thérapeutique après avoir eu accès à des soins palliatifs, tout en émettant les affirmations suivantes sans fournir aucune donnée : des demandes d’aide à mourir seraient causées par l’isolement, l’absence d’aide humaine, un manque d’accès aux soins, la pression sociale, la coercition, etc. De plus, ils ne fournissent pas de cas concrets, tandis qu’il y a pléthore de cas d’impasse thérapeutique en plus de ceux cités plus haut : Anne Bert, Annie Menonville, Dr Antoine Mesnier, Charles Biétry, Dr Philippe Bail, Loïc Résibois, Paulette Guinchard, Pierre Cousein, … et tous les autres qui ont fui la France pour la Belgique et la Suisse.
Ces opposants osent affirmer que la première cause évoquée dans les études sur les demandes d’aide à mourir est le sentiment d’être un fardeau pour ses proches. Certes, ce sentiment est souvent évoqué, mais la première motivation des demandes d’aide à mourir, ce sont des souffrances dites existentielles, du fait de la grande dépendance et de l’incapacité à effectuer les actes de la vie quotidienne qu’induit par la pathologie. Lors d’une étude menée en Septembre 2022 en Bourgogne-Franche-Comté dans des structures de soins par des médecins réputés, dont Régis Aubry, presque tous ceux qui ont réitéré une demande d’aide à mourir ont déclaré comme motivations les difficultés à gérer leur perte d’autonomie, et à tolérer la souffrance physique, psychologique, sociale ou existentielle.
Si on écoute les opposants, on croira qu’il y aura des massacres. En réalité, le projet de loi n’ouvrira aucune boîte de pandore. Les conditions d’accès à l’aide à mourir dans l’article 4 du projet de loi voté à l’Assemblée nationale sont non seulement similaires mais plus restrictives qu’en Belgique, où après un quart de siècle d’autorisation de la pratique, les 4 486 euthanasies pratiquées en 2025 ne représentent qu’une faible proportion du nombre total des décès : 4,0 %, à comparer avec 48 % liés aux deux causes principales : tumeurs et maladies cardio-vasculaires
Anne Bert, qui souffrait de la maladie de Charcot, a écrit avant de bénéficier d’une euthanasie en Belgique : « J’ai le goût de la vie, je n’ai pas envie de mourir. C’est la maladie qui me fait mourir. Il ne faut pas agiter les fantasmes, en disant qu’on va décimer des populations, décimer les vieux, décimer les malades, parce qu’on accorde ce droit à choisir. Il faut prendre les malades dans ce débat-là. Il faut leur donner la parole ! »
Quelle vision souhaitons-nous pour les fins de vies en France ? Des situations où des personnes sont contraintes à des souffrances atroces ? Ou la possibilité pour elles de choisir une aide à mourir pour y mettre fin ?
Keith Lund
Citoyen français
Sources :
Étude en Bourgogne-Franche-Comté publié dans ELSEVIER, 28 Septembre 2022 : « Évolution des demandes d’euthanasie ou de suicide assisté selon les professionnels de santé » https://doi.org/10.1016/j.medpal.2022.09.003
Une étude réalisée en Flandre en 2013 sur 6.871 décès, montre que 70% personnes ayant été euthanasiées ont bénéficié de soins palliatifs avant que le médecin ne provoque leur mort. https://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/0269216317727158
https://fg-antivalidiste.fr/
https://blogs.mediapart.fr/collectifantivalidistestrasbourg/blog/220326/aide-mourir-notre-rencontre-avec-une-deputee-eelv-revele-le-vrai-clivage
Publié le 16 juin 2026 – https://findeviereflechie.fr/langle-mort-des-opposants-a-laide-a-mourir/








