Le docteur Patrice Gross, membre de la commission médicale du Choix, vient d’envoyer le courrier suivant à la députée MODEM Maud Petit (Département 94) qui a changé d’avis sur l’Aide à mourir de POUR en 2021, elle est désormais CONTRE, comme elle l’expliquait sur RCF le 12 mai 2026
A Maud Petit
Madame,
je vous ai écoutée avec beaucoup d’attention sur radio Notre-Dame. Je suis médecin en retraite, j’ai auparavant été médecin d’équipe mobile intrahospitalière de soins palliatifs puis médecin coordinateur du DAC46 dans sa section soins palliatifs. C’est une envie de pleurer qui me vient lorsque je vous entends dire que vous voterez contre la proposition de loi »Falorni ».
Des personnes souffrant de façon insupportable j’en ai vu beaucoup. Certaines préféraient malgré cela rester en vie, d’autres demandaient à mourir et restaient constantes dans cette demande malgré les meilleurs soins palliatifs possibles, en USP ou à domicile (il y beaucoup plus de soignants de proximité, médecins, infirmi.er.ères, aide-soignant.e.s qu’on ne le pense dont l’humanité et le dévouement sont admirables). La loi Claeys-Léonetti permet parfois une issue convenable mais elle est très restrictive dans ses indications et son vécu est souvent douloureux pour l’entourage, surtout lorsque la sédation a lieu à domicile à la demande du patient.
Vous avez sûrement lu le Rapport de la Convention Citoyenne sur la fin de vie, 91 pages passionnantes. Une des conclusions, chapitre VIII, est : « Tandis que 23 % des conventionnels pensent que la pleine application du cadre juridique actuel serait suffisante, 76 % estiment nécessaire que l’aide active à mourir soit ouverte pour mieux répondre à des situations de fin de vie insuffisamment couvertes par le système de soins actuel, même amélioré. »
Ces concitoyens sont-ils inconscients, mal informés, non fiables? Vous serez d’accord que non. Je ne comprends pas ce qui vous empêche de leur emboîter le pas, une élue n’est-elle pas avant tout une représentante des citoyens, ne doit-elle pas les écouter positivement ? En outre, ceux qu’il faut avant tout écouter sont les patients comme le stipule la loi Léonetti de 2005, ce que rappelle ce Rapport à la page 10 : » La volonté du patient et son libre arbitre prévalent dans tous les cas« ,
Demander à mourir est un acte courageux, souvent mûri depuis plusieurs mois voire années, discuté avec ses proches. Qui sommes-nous, élus ou soignants, pour leur interdire de réaliser ce qui est le mieux pour eux? Vous indiquez que c’est un acte de courage de la part d’un député que de dire « Je suis dérangé par ça et je ne veux pas être celui qui va permettre qu’on le fasse dans notre pays« . Prendre soin d’un patient demande de l’accepter tel qu’il est (cf. Carl Rogers, on a dû vous parler de ce psychologue lors de vos visites en USP), avec une totale empathie, il s’agit de »s’absenter de soi-même » de façon à voir ce qui le soulagera, quoi que cela me coûte. Là est le vrai courage…
Envie de pleurer mais aussi de hurler de colère en entendant nombre de contre-vérités qui émaillent votre interview. Je crois parfois entendre ma consœur Claire Fourcade avec laquelle j’ai beaucoup échangé. Comment par exemple pouvez-vous affirmer que la plupart des médecins sont opposés à l’aide à mourir? C’est tout simplement un mensonge, cf. le sondage IFOP du 12 mai 2025: 74% des médecins souhaitent une légalisation de l’aide médicale active à mourir.
Je n’habite pas dans votre circonscription, mais je suis à votre disposition pour échanger de vive voix,
Croyez en ma respectueuse considération
Patrice Gross,








